Sarkozy prêche l'espoir aux victimes de la mondialisation
CHARLEVILLE-MEZIERES, Ardennes (Reuters) -
Nicolas Sarkozy, à qui il est reproché dans son
propre camp de ne pas incarner suffisamment la
droite sociale, s'est adressé aux laissés pour
compte de la mondialisation, à qui il a prêché
"l'espérance" face aux tentations du "renoncement".
Le ministre de l'Intérieur était venu prononcer ce discours à la "France qui
souffre mais qui veut vivre debout" en terre sinistrée - les Ardennes,
durement touchées par le chômage (13% de la population active), les
restructurations industrielles, les fermetures d'usine et les délocalisations.
"Depuis 25 ans, nous sommes confrontés à une forme insidieuse de
capitulation sociale à laquelle la mondialisation et l'Europe servent
d'alibis", a-t-il lancé devant plus de 2.000 personnes réunies dans le parc
des expositions de Charleville-Mézières.
"Cette capitulation est le fruit d'une multitude de renoncements devant
l'ampleur des changements que nous imposent les bouleversements sans
précédents dans l'histoire du monde que nous connaissons", a ajouté le
probable candidat de l'UMP à l'élection présidentielle de 2007.
Au début des années 1990, c'est Philippe Séguin, alors président UMP de
l'Assemblée nationale et dont plusieurs proches ou anciens proches sont
aujourd'hui conseillers de Nicolas Sarkozy, qui avait dénoncé un "Munich
social", au grand dam du Premier ministre RPR de l'époque, Edouard
Balladur (1993-95).
Rappel de la situation économique difficile des Ardennes, où l'extrême droite
a recueilli plus de 26% des voix au premier tour de la présidentielle
de 2002, le discours de Nicolas Sarkozy a été ponctué par les
déflagrations de pétards lancés par des manifestants tenus à distance par
les forces de l'ordre.
"Je ne suis pas venu vous dire que l'avenir est de l'autre côté de la
frontière, que l'avenir est en Inde (...), en Chine (...), en Amérique, parce
que dire cela c'est le renoncement et la démission", a-t-il lancé. "Moi je
veux la volonté et je veux la ténacité au service de la France (...) Je
voudrais tant que chacun d'entre vous comprenne que l'avenir est une
espérance."
"RENONCER AU RENONCEMENT"
"Je veux parler au nom de la France des classes populaires, qui a peur de
l'exclusion, et des classes moyennes, qui ont peur du déclassement", a
ajouté Nicolas Sarkozy.
Une sorte de version 2006 et "sarkozyste" de la "fracture sociale" que le
président Jacques Chirac avait promis de réduire, lors de sa campagne
présidentielle de 2005.
"Je sais que souvent vous vous êtes senti trahis par ceux à qui vous aviez
donné votre confiance (...) Je ne vous trahirai pas", a promis Nicolas
Sarkozy, qui a proposé "de renoncer au renoncement" mais pas "à tous
les acquis sociaux".
Dans un département qui a voté à 62% contre la Constitution européenne
en 2005, il s'en est pris à l'Europe - "une machine" - à la Banque centrale
européenne, qui refuse, selon lui, le dialogue avec les gouvernement, et
au "dogme" de l'euro fort.
"Je suis un libéral mais j'ai la force de dire qu'il y a des dérives de la
finance qui ne sont pas acceptables", a poursuivi Nicolas Sarkozy. Il a
dénoncé les "emballements des marchés financiers" et des exigences de
rentabilité "déraisonnables", qui sacrifient "le long terme au court terme" et
donnent le pouvoir "aux prédateurs au détriment des entrepreneurs".
"Je veux moraliser le capitalisme financier", a déclaré le ministre de
l'Intérieur.
Le candidat Sarkozy avait auparavant rodé son discours lors de visites, en
tant que ministre de l'Intérieur, dans un lycée agricole et dans une usine
de pièces pour automobiles et lors d'une rencontre avec des
représentants des "forces vives" du département, à la préfecture de
Charleville-Mézières.
Il a défendu sa conception du gaullisme face à celles de la ministre de la
Défense Michèle Alliot-Marie, du Premier ministre, Dominique de Villepin
ou de Jacques Chirac.
"Il ne faut pas chercher l'actualité du gaullisme dans un catéchisme que le
général de Gaulle n'a jamais écrit, a-t-il dit. "Si le gaullisme est d'actualité,
c'est parce qu'il a toujours été en rupture avec le conformisme de son
époque (...) Parce que le général de Gaulle a refusé la capitulation."